Analyse | La lumière au bout du tunnel
Privés de moments marquants au cours des quatre dernières années, les partisans du Canadien ont appris à se contenter de miettes. Incroyablement, cette cure minceur les a menés à applaudir à tout rompre, en fin de saison, une équipe qui venait de terminer au 32e et dernier rang du classement général. C’était en 2022. Depuis, les moments de réjouissance n’ont guère été nombreux. Ils ont d’ailleurs été plutôt symboliques qu’autre chose : un adieu à un grand gardien, un tour du chapeau d’un Québécois, l’arrivée d’un Finlandais renommé, une autre défaite qui a satisfait les adeptes de la reconstruction et du repêchage. Pas de quoi fanfaronner. Pour citer Nicotineke dans Astérix chez les Belges : La seule fois, en fait, que le Centre Bell a vibré d’une ferveur toute sportive (et même patriotique) pendant ces presque quatre longues années, c’est lors du premier choc Canada–États-Unis à la Confrontation des quatre nations, le mois dernier. Et les joueurs du Canadien ont pris des notes. Après l’impressionnante victoire de 3-1 du CH contre les Panthers de la Floride samedi soir, Nick Suzuki a raconté à un collègue qu’il s’était dit, en regardant le duel entre les deux pays, qu'il voulait recréer exactement cette atmosphère, mais pour le principal occupant des lieux : son équipe. Ce fameux 15 février, Samuel Montembeault, à partir de son perchoir sur la galerie de presse en tant que troisième gardien de l’équipe canadienne, a sorti son téléphone pour filmer et capter l’ambiance déchaînée. Il a envoyé la vidéo à David Savard et à Alexandre Carrier. Un mois plus tard, le Canadien s’est offert un moment semblable, la tension politique en moins, lors de ce que Martin St-Louis a qualifié d' Peu de temps après que Christian Dvorak eut réussi une habile déviation d’un tir de Savard, la foule, bruyante toute la soirée, s’est enflammée. Pendant environ cinq minutes, selon un savant calcul maison, y compris toute la pause publicitaire, les partisans ont maintenu une vague monumentale, ont scandé leur approbation et ont fait résonner les Et cette fois-ci, ils ont une bonne raison de célébrer. Qui sait si leur équipe participera aux séries éliminatoires en avril? Néanmoins, elle s’accroche désespérément à ses concurrents dans cette course. Galvanisés, les joueurs avaient les yeux pétillants dans le vestiaire en se rappelant l’ovation de la troisième période. C’était une belle expérience pour tout le monde qui était dans l’amphithéâtre ce soir. […] Maintenant, c’est d’aller mériter d’autres moments comme ça. Si le Canadien joue souvent de cette manière, les chances sont bonnes. Le CH est parvenu à battre à son propre jeu une des références des trois dernières saisons dans la LNH. En rejetant des rondelles en fond de territoire, en s’appliquant à l'échec avant, il a semblé frustrer les Panthers, qui se sont mis à commettre de nombreux revirements dans leur zone. On en tient pour une des multiples occurrences la passe de Sam Bennett sur la palette de Savard avant le troisième but bleu-blanc-rouge. Inversement, le Canadien a réussi à battre la pression adverse partout sur la glace. Ce faisant, il a accordé un grand total de 15 tirs à cinq contre cinq aux champions en titre. Ce n’est pas banal. Un peu tout le monde s’est retrouvé sur la même longueur d’onde. Le Canadien n’a pas eu à s’en remettre uniquement au trio de Suzuki pour générer de l’attaque, un sujet d’actualité cette semaine. Dvorak a marqué, Jake Evans s’est échappé, l’avantage numérique a touché la cible, c’est venu d’un peu partout et, surtout, le niveau d’engagement défensif a été irréprochable. Malgré la victoire, le Canadien est resté à un point du dernier rang qui donne accès aux séries dans l'Est. Photo : imagn images via reuters connect / David Kirouac On l'a vu même de la part de Patrik Laine – c’est dire –, souvent brebis galeuse dans cette sphère du jeu. Comme récompense, le buteur de Tampere a obtenu 16 min 45 s de temps de jeu, son plus haut total en 15 matchs. Vendredi, St-Louis plaidait pour plus de prévisibilité dans le jeu de l’attaquant fantasque. C’est ce qu’il a eu samedi soir. Il y avait quelque chose de beau, d’intéressant à tout le moins, à voir les quatre vétérans qui ont failli quitter Montréal avant la date limite des échanges – certains avaient même déjà fait leurs boîtes – être délégués pour protéger l’avance de deux buts à la fin de la rencontre. Dvorak, Evans, Savard et Joel Armia auraient tous pu changer d’adresse, mais ils préféraient avoir la chance de se battre, à Montréal, pour ces joueurs qui ont traversé leur lot de petites misères. Savard et Dvorak, particulièrement, sont arrivés au Québec quelques jours après que le Canadien eut atteint la finale de la Coupe Stanley. Ils n’avaient pas exactement envisagé de faire partie d’une reconstruction à l’époque. Et pourtant… On pourrait dire la même chose de Samuel Montembeault, encore solide samedi soir avec 21 arrêts sur 22 tirs, réclamé au ballottage à l’automne 2021. À tout seigneur tout honneur, le Canadien ne serait pas dans cette position si Suzuki et ses partenaires n’avaient pas transporté la bande sur leurs épaules ces dernières semaines. Depuis le retour de la pause, l’équipe a marqué 19 buts lorsque son trio a été sur la glace et n’en a permis que 3, toutes situations de jeu confondues. C’est titanesque. Or, au risque de se répéter, samedi soir, ce fut l’affaire de tous. Pour se qualifier, ce sera à répéter. Encore et encore.Ça est frugal.
Je leur disais : "C’est fou. Je n’ai jamais vu le Centre Bell comme ça"
, a raconté Montembeault après le match.un de nos meilleurs matchs du début à la fin depuis que je suis ici
.olé, olé!
.C’était complètement fou, a répété Montembeault. Tu essaies de rester concentré, mais c’était assurément un moment spécial.
On ne veut pas que ce soit la dernière fois. On veut que ça continue
, a renchéri Alexandre Carrier.Sans bavure
On a fait quelques ajustements pour nous aider par rapport à ça
, a spécifié Carrier.[Les Panthers] ont l’habitude de faire circuler la rondelle le long de la bande en zone offensive. Ce n’est jamais facile d’organiser les sorties de zone dans ce temps-là, mais nos attaquants nous donnaient du temps quand la rondelle sautait par-dessus notre bâton. Ils se repliaient et venaient nous soutenir. C’était rare d’avoir à faire un jeu tout seul. Tu avais tout le temps des coéquipiers près de toi pour t’aider
, a expliqué le défenseur.
Maintenant, c’est d’aller chercher cette constance pour le faire tous les soirs. Ce n’est pas une job facile sur 82 matchs, mais ce soir, on a joué la game [des Panthers] et on l’a bien jouée
, a conclu l’entraîneur.
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